Mot de remerciement

 

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs, chers amis,


Dans le monde de la Francophonie, des femmes et des hommes cherchent naturellement à conserver et faire évoluer la langue française ; de même, les Arméniens de la diaspora sont soucieux de perpétuer leur langue d'origine, l'arménien occidental. C'est le lien le plus important qui nous lie avec « le peuple arménien » presque réduit à néant et chassé de sa terre natale.

Ainsi nous est venue l’idée, avec les encouragements d'amis comme Jean Marcel Lauginie, de nous lancer dans cette aventure improbable : la création d'un lexique qui donnerait l’équivalence des termes de l’informatique entre l'anglais, le français et l'arménien occidental, cette langue qui fait officiellement partie des langues de France (citation, DGLFLF : « Un patrimoine méconnu, une créativité vivante - qui contribuent à la créativité et au rayonnement culturel de notre paysnbsp;»). C’est avec douleur que je dois vous dire qu’elle a été récemment classée « langue en péril » par l'UNESCO.

Permettez que je situe les choses en quelques mots.

L'arménien est l'une des vingt-trois langues qui possèdent un alphabet propre. Aspect remarquable, on en connaît l'inventeur : en 401, l’illustre savant, le moine Mesrob Machtots a conçu un système complet de transcription de la parole. Un alphabet unique à bien des égards dans l’histoire des écritures. Et encore, Machtots a été le créateur de deux autres alphabets paléochrétiens du Caucase : le géorgien et l’alouanien. Dans sa grande sagesse, pour faire évoluer l’arménien parlé vers l’écrit, il fut à l’origine de la création des premières écoles de traducteurs. Ainsi, ses disciples Gorioun, Moïse de Khorène, Lazare de Pharbe, Eznig de Goghp et bien d'autres, contraints jusque-là de rédiger en langues étrangères – l’ancien grec, l’araméen, le syriaque&nbso;– trouvèrent naturellement dans l'alphabet de Machtots ce bouclier, cette arme (comme hier a dit Michel Serre) qui préserve et développe la puissance d’une langue, l'instrument qui permet, par l'exacte restitution phonétique de l’expression orale de ne rien perdre de sa subtilité. Peu de temps après l'invention de l'alphabet arménien (Ve s.), la littérature arménienne fut si prospère, qu'on l'appelle encore l'« âge d'or ». Quelle chance pour le pays, premier à adopter le christianisme comme religion d’État en 301, avant Rome et avant Constantinople ! Conscients de l’immense contribution de Machtots à la civilisation arménienne et à l’histoire des écritures, nous avons décidé d’appeler notre association : Collège Dictionnaires Machtotz France.

Dans un contexte international favorable au progrès et dans le sillage de révolutions qui secouent les empires de tous les continents, l'arménien écrit, utilisé pendant des siècles comme langue des seuls lettrés, sera modernisé au milieu du XIXe siècle pour être intelligible enfin par le peuple. C’est la renaissance culturelle des Arméniens. Toute une jeune génération ayant effectué des études en Europe, et particulièrement en France, se met à traduire en arménien des auteurs de la littérature européenne et française, notamment, les œuvres de Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Vernes, Alain-René Lesage...

Plus près de nous, des générations ont élaboré des dictionnaires multilingues, surtout liés à la langue française : citons celui du Père Manuel Katchouni « Dictionnaire des arts, des sciences et des belles lettres » (2 vol., Venise, 1891-1892), et celui de Guy de Lusignan « Nouveau dictionnaire illustré français-arménien » (2 vol. Paris, 1900).

Je rappellerai ici le nom d'un homme d'exception, Antoine Meillet, le plus prestigieux sans doute des linguistes de France. Étudiant à Paris, il participa en tête aux manifestations de 1896 qui déjà à l’époque réclamaient justice pour le peuple arménien, victime d'une des grandes répétitions qui allaient aboutir au Génocide de 1915.

Il ne faut pas oublier son élève, le grand linguiste arménien Hratchia Adjarian, auteur entre autres d'un Dictionnaire étymologique de la langue arménienne (4 vols. 1971-79), d’une Grammaire de l’arménien comparé à 569 langues (7 vols., Erevan 1954), d'une Classification des dialectes arméniens (Paris, 1909).

Au regard de l’apport des quelques personnes que nous venons de citer, dans le seul but de vous situer la contribution des Arméniens à la représentation graphique du verbe, notre lexique apparaîtra légitimement comme bien dérisoire ; et cela ne laisse aucun doute sur la modestie qui s'impose, malgré l'audace que vous avez de le récompenser à la surprise totale.

Au nom des nombreux collaborateurs et contributeurs du CDMF, disséminés en Europe, en Amérique ou au Moyen-Orient, je vous remercie ; je ne manquerai pas de leur transmettre votre soutien. Ainsi, vous nous encouragez à continuer notre tâche.

Paris, le 17 mars 2011.                                                    Pour le CA, Ph. Pilibossian, Pt du CDMF.

 

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